Mot de l'éditeur : Léonard Maurizius, homme de lettres élégant et frivole, est accusé d'avoir assassiné son épouse. Au terme d'un procès tumultueux, le meurtrier présumé est condamné à la prison à vie par le procureur Andergast. Il croupit en prison depuis plus de dix-huit ans lorsque Etzel Andergast, enfant unique du redoutable procureur, féru de justice et d'absolu, et convaincu de l'innocence de Maurizius, demande à son père de reprendre le dossier «Maurizius». Face à son refus, Etzel part en campagne pour obtenir la révision du procès. Tournant le dos à sa famille et à ses valeurs traditionnalistes, Etzel traque l'homme qui pourrait connaître la vérité et se cache sous une fausse identité à Berlin. Fondé sur une célèbre erreur judiciaire, ce chef-d'œuvre, à la fois lucide et romantique, a la grandeur d'une tragédie grecque. Porté par les implications morales et philosophiques de la crise européenne et allemande du début du siècle dernier, L'Affaire Maurizius témoigne des questions qui hantent l'œuvre de Jakob Wassermann : la quête d'ouverture, souvent refusée, et l'affirmation d'une double identité presque toujours suspecte.
Mot de l'éditeur : Ce récit est sans doute un des plus beaux et des plus forts qui me soit tombé sous la main depuis longtemps. J'en sors à la fois ébloui par la sensibilité exceptionnelle de SZ, ému par son parcours, mais encore plus conscient que tout, tout peut arriver, aujourd'hui comme hier.
Le premier chapitre vaut à lui seul la lecture du livre. Il décrit la vie de Vienne en 1900, mais on pourrait croire y lire une description de notre vie d'aujourd'hui : notre science, notre culture, nos institutions, notre humanisme (si admirable ! ), tout nous confère le droit et l'espoir de vivre en sécurité et en paix. Et encore, notre Cinquième République n'a pas les "mille" ans de l'Empire Austro-Hongrois, et notre pauvre institution européenne encore moins ! "C'était l'âge d'or de la sécurité" écrit SZ au sujet des années 1900. Quelques années plus tard l'Empire, mais aussi l'Europe se suicidait. Aveuglement, tant des responsables politiques que des intellectuels qui, au contraire vivaient une époque de création exceptionnelle et avaient de l'avenir une vue brillante. Ils oubliaient seulement d'ouvrir les yeux sur la montée en puissance de l'Allemagne qui allait en devenir folle.
Le livre commence avec la jeunesse de SZ à Vienne et l'enthousiasme que la situation culturelle viennoise provoquait, en rupture totale avec le 19ème s. Un "art de jeunes gens" dit-il. Il reconnaîtra plus loin qu'il y avait là un signe dont le sens était alors difficile à percevoir, mais qui signifiait plus une fin qu'un début. Il aura été ivre de liberté ; elle était neuve. Il fallait autre chose, à côté et ensemble, pour faire une société lucide.
SZ donnera toujours une valeur très haute au maintien de sa propre liberté intérieure, tant vis à vis des hommes que des idées. Sa relation avec R. Strauss lui donnera bien du souci. Il refusera aussi de s'engager dans le sionisme.
Cette liberté est un ingrédient majeur de sa fonction artistique. Il voyagera plus que bien des contemporains et retirera de ces voyages et des contacts considérables qu'il a avec les hommes importants du monde européen (et peu anglo-saxon) un recul et une lucidité de premier plan. Son contact amical avec Freud, par exemple lui fera comprendre qu'une forme destructrice du mal réside en nous, qu'il n'y a pas de lendemains qui chantent et que la vie est un équilibre sans cesse menacé entre la raison et ces forces obscures qui doivent être canalisées et parfois même mises sous silence. A titre personnel je note au passage que l'explosion de violence, la destruction des corps et le sang que les spectacles actuels nous proposent relèvent de la même inconscience de notre fragilité en sollicitant les mêmes zones sensibles que celles qui ont fait le succès de Hitler. Est-ce une nostalgie, un appel ? On peut le craindre.
Il écrit aussi "Longtemps, cette éducation au provisoire que je me donnais me parut une faute, mais plus tard, ... ce sentiment mystérieux qui m'empêchait de m'attacher m'est devenu un secours." Presque une profession de foi bouddhiste ?
Mot de l'éditeur :
Prix Décembre 2001
Le livre de Chloé Delaume est le récit d'une réminiscence. Il remonte
le temps afin de faire voler en éclats un passé oppressant. Sa
virulence a la puissance du cri. Véritable leitmotiv du roman, la
métaphore du sablier se propage, se ramifie : elle dessine la figure
centrale et traumatisante d'un père " sédimentaire " et d'une " enfant
du limon ".
Ni pathos ni complaisance. Mais la tentative, à l'âge adulte, de
répondre au questionnement d'un enfant, tentative rendue possible par
une certaine douceur de l'ironie.
Tout passe par le prisme d'une langue singulière, débordante
d'inventions. Le style est démesuré, tantôt lapidaire, tantôt abyssal.
Les mots se bousculent, deviennent envahissants, contractant la phrase
jusqu'à donner une impression de fusion. Dans ce chaos où leur nature
et leur fonction se mélangent, s'inversent, ils révèlent comme un
miroir le morcellement de l'identité.
Mot de l'éditeur :
A la suite de cette annonce tragique, le narrateur décide de revenir
dans son pays natal. Il en avait été exilé, comme son père des années
avant lui, par le dictateur du moment. Et le voilà qui revient sur les
traces de son passé, de ses origines, accompagné d’un neveu qui porte
le même nom que lui. Un périple doux et grave, rêveur et plein de
charme, qui lui fera voir la misère, la faim, la violence mais aussi
les artistes, les jeunes filles, l’espoir, peut-être. Le grand roman du
retour d’exil.
Mot de l'éditeur :
« Si j’écris ces notes à la première personne du singulier, je sais qu’elles sont écrites à la première
personne du pluriel. Mon frère. Je ne pourrais pas faire ce film sans lui et il ne pourrait pas faire ce
film sans moi. Ses questions sont les miennes. Souvent ce sont les siennes qui me poussent à
écrire ces notes comme le transcripteur d’une réflexion, d’une pensée partagée. C’est la même
chose pour le scénario. Je tiens la plume, mais elle écrit à deux mains. (…) Que nos images ne
soient pas un destin. Qu’elles arrachent les volets de la chambre mortuaire où nous étouffons.
Qu’elles ne tombent pas dans la caricature qui enferme les personnages. (…) Habiter un petit pays
comme le nôtre. Ne pas fréquenter le milieu du cinéma. L’isolement nécessaire (….) » LD
Luc Dardenne est cinéaste. Il a réalisé avec son frère Jean-Pierre Dardenne, notamment, La
Promesse (1996), Rosetta (Palme d’Or au festival de Cannes, 1999), Le fils (2002).
Mot de l'éditeur :
Qui est cette jeune femme blottie dans le placard de la chambre
d'Arthur ? L'ancienne occupante de l'appartement qu'il habite
aujourd'hui. Que fait-elle dans ce placard à une heure avancée de la
nuit ? Rien de précis, son esprit a encore du mal à la mener là où elle
le voudrait. Et puis elle est là sans l'être et seul Arthur peut la
voir. Ce qui la ravit, car elle peut enfin parler à quelqu'un. Est-elle
un spectre ?
Non, elle n'est ni un esprit ni un fantôme, et si elle semble réelle,
parle, râle et sourit, son véritable corps est au cinquième étage de
l'hôpital de San Francisco, en état de coma dépassé à la suite d'un
accident de voiture six mois plus tôt. Dure nuit pour Arthur. Et cela
ne fait que commencer puisque, après une visite à l'hôpital sur les
indications de Lauren, son spectre préféré, Arthur va croire à son
histoire.
Très rapidement on commence à le prendre pour un fou : il ouvre
galamment la portière passager de sa voiture... à un être imaginaire,
parle tout seul dans l'ascenseur qui le mène à son bureau, tient des
propos abracadabrants à son meilleur ami et associé, lequel, très
inquiet, lui ordonne de se reposer quelques jours. Ces vacances tombent
bien pour Arthur parce que cette femme, Lauren, l'intéresse vivement.
Depuis qu'elle est dans le coma, elle qui se passionnait pour son
métier d'interne en médecine, elle qui avait voué sa vie aux autres, a
vécu dans une liberté mais aussi une solitude absolues, parlant sans
qu'on l'entende, regardant sans qu'on la voie, touchant sans qu'on la
sente. Jusqu'à sa rencontre avec Arthur qui veut comprendre comment
l'esprit et le corps de Lauren peuvent s'être ainsi séparés. Il réunit
des témoignages, études, recherches disponibles sur le coma dépassé, et
aidé des connaissances médicales de Lauren, tente d'imaginer une issue
à cette situation pour le moins étrange. En vain. Comment
pourraient-ils résoudre un des plus grands mystères de la médecine ?
Mais une amitié se noue, faite de piques Lauren a un humour cinglant -
de fous rires et des récits de leur enfance, l'évocation de la mère
d'Arthur, la merveilleuse Lili, morte d'un cancer quand il avait dix
ans. En trois semaines de ce bonheur paisible, ça y est, ils sont
amoureux.
C'est alors qu'à l'hôpital, les médecins convainquent la mère de Lauren
que celle-ci ne se réveillera jamais, et qu'il vaudrait mieux pour
elles deux pratiquer une euthanasie. Arthur, s'il veut sauver Lauren,
n'a plus beaucoup de temps devant lui...
Mot de l'éditeur :
Ce volume reprend les titres suivants :
Oncle Charles s'est enfermé - La veuve Couderc - Cécile est morte - Les
caves du Majestic - La maison du juge - Le fils Cardinaud - La vérité
sur Bébé Donge - Le Petit Docteur
Mot de l'éditeur :
Confession d’un enfant du siècle, c’est le plus personnel, le plus
intime des livres de Nicolas Rey qui se raconte ici pour la première
fois, avec une sincérité qui émeut, sans aucun fard. On y retrouve les
thèmes qui lui sont chers, l’ambiance de ses romans, la vulnérabilité
et la lâcheté amoureuse, les textos dans la salle de bain, le foot,
Paris, l’amitié fusionnelle…Mais surtout, on y retrouve cette petite
musique, cette grâce concise qui lui est propre, une manière de rendre
universelle une sensation fugace, la vie ordinaire.
Mot de l'éditeur :
Philippe Dutilleul trouve autant de raison d’aimer la Belgique que de
motifs de la détester. Le délitement du pays le désole. Il livre ici un
portrait acide de ce pays où rien ne va tout à fait comme cela devrait,
où l’on s’est habitué à vivre de petits arrangements. Un pays miné non
seulement par les tensions nationales et les querelles communautaires,
mais par un passé chargé d’affairisme, de fraudes, de scandales jamais
vraiment élucidés, comme l’affaire Dutroux ou celle des tueurs du
Brabant-Wallon…
Le réalisateur du tonitruant « Tout ça ne nous rendra pas la Belgique »
stigmatise une opinion publique amorphe, manipulées par les ambitions
politiciennes des uns, assommée par la médiocrité des autres. Il
renvoie dos à dos les autruches wallones et les incendiaires flamands.
Il s’insurge contre un pays qui s’enferme peu à peu dans une logique
d’apartheid. Il peste contre un roi à la petite semaine qui n’a ni la
carrure de son père ni celle d’un Juan Carlos en Espagne.
Pourtant, assure-t-il, le Royaume de Belgique pourrait être formidable.
Le pays de Rubens, Ensor et Magritte, de Brel et d’Hugo Claus, des
frères Dardennes et Jacko van Dormel, de Frankin et Geluck ne manque ni
de talents ni d’humour. La Belgique, écrit Dutilleul, c’est aussi un
art de vivre, une bonhomie, une forme de simplicité, voire un goût du
burlesque qui se moque du complexe de supériorité du voisin français…
L’auteur
Philippe Dutilleul, journaliste à la RTBF, est l’un des réalisateurs du
fameux magazine « Strip Tease » devenu aujourd’hui « Tout ça (ne nous
rendra pas le Congo) ». Il s’inscrit dans une tradition du journalisme
social, insolent, dérangeant. Le 13 décembre 2006, il stupéfiait la
Belgique avec un reportage fiction annonçant la scission du pays.
"Il y avait à l'hôtel quatre-vingt-dix-sept publicistes de New York.
Comme ils monopolisaient les lignes interurbaines, la jeune femme du
507 dut patienter de midi à deux heures et demie pour avoir sa
communication. Elle ne resta pas pour autant à ne rien faire. Elle lut
un article d'une revue féminine de poche intitulée `Le sexe, c'est le
paradis ou l'enfer'. Elle lava son peigne et sa brosse. Elle enleva une
tache sur la jupe de son tailleur beige. Elle déplaça le bouton de sa
blouse de chez Saks. Elle fit disparaître deux poils qui venaient de
repousser sur son grain de beauté. Lorsque enfin le standard l'appela,
elle était assise sur le rebord de la fenêtre et finissait de vernir
les ongles de sa main gauche."
Mot de l'éditeur : Dimanche 1er octobre. Une journée comme les autres aux Bégonias, maison de retraite de la banlieue parisienne. Il est 9h15. Nini la vieille excentrique attend la visite de sa petite Camille, sous l’œil attendri et bienveillant de Josy, l’auxiliaire de vie cartomancienne. Louise Alma ressasse 92 années de souvenirs. Jocelyne Barbier, la bureautière, et Marthe Buissonette, la femme de pasteur, reprennent leur querelle quotidienne. Robert Lebœuf couvre Thérèse Leduc d’un regard plein d’espoirs. Le capitaine Dreyfus prépare sa grande évasion. Christiane, l’infirmière de jour, tente de se débarrasser d’un amant devenu encombrant. Philippe Drouin, le directeur, philatéliste à ses heures perdues, rêve d’acquérir une pièce unique. Alphonse Destroismaisons, le vieil amoureux, lutte désespérément contre l’Alzheimer de sa femme… Et les familles des résidents accomplissent, bon gré mal gré, leur devoir dominical. La vie s’écoule doucement entre joie et souffrance, amitié et solitude, amour et ennui, maladie et envie. Camille de Peretti propose, avec son acuité habituelle, une immersion insolite et bouleversante dans l’univers singulier des maisons de retraite.
Mot de l'éditeur : Aden lance sa collection de poche littérature en rendant hommage à l'un des plus grands écrivains belges : Hugo Claus. Né le 5 avril 1929 à Bruges, il est mort le 19 mars 2008 à Anvers. Hugo Claus est un écrivain, poète, dramaturge et réalisateur belge, et l'un des plus brillants romanciers contemporains d'expression néerlandaise. Il se définit lui-même comme un « flamingant francophile ». Il est surtout le critique du traditionalisme et du provincialisme de la société flamande. À la fin des années 1960, Claus joue un rôle important dans le mouvement contestataire qui veut réformer la politique sociale et culturelle en Flandre. « Comme n’importe qui, je suis des centaines de gens. Je suis baroque. Baroque, ça veut dire : les volutes, les spirales, les ornements qui dérangent la ligne de base.[…] Dans un livre il doit y avoir des passages obscurs. Un roman n’est pas un café soluble. »
Mot de l'éditeur : Ils ont été appelés en Algérie au moment des «événements», en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d"une journée d'anniversaire en hiver, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.
Mot de l'éditeur :
Avant même l'arrivée d'Homo sapiens sapiens, le chien nous tenait
compagnie. Comment expliquer cette étrange association, cette place
unique occupée par le «meilleur ami» de l'homme, par cet animal qui,
assurément, sait si bien s'y prendre avec nous ? L'étude du chien se
révèle riche d'enseignements, sur lui, bien sûr, mais aussi... sur
nous-mêmes !
Qui est-il ? D'où vient-il ? Comment perçoit-il le monde ? Comment
communique-t-il avec nous ? Comprend-il notre langage ? D'où viennent
ses éventuels accès d'agressivité ? Et nous, d'où vient notre
attachement à lui ? Vient-il compenser nos manques affectifs ? Est-il
normal que nous lui parlions ? Que nous nous sentions compris par lui ?
Au fil de la lecture, se dessine le paysage de la subjectivité canine,
un monde bien différent du nôtre (non, le chien ne parle, ni ne rêve,
ni ne voit comme nous...), mais avec lequel nous entrons facilement en
interaction. Même tissée de malentendus, la communication est réelle,
nous imposant d'abandonner l'idée d'une frontière infranchissable entre
l'homme et l'animal. Il faut se rendre à l'évidence : le chien, avec
qui nous avons construit une véritable société caractérisée par ses
constantes, ses variations culturelles et son histoire, est finalement
plus proche de nous que le chimpanzé.
Sociologue, anthropologue et historien des sciences. Dominique Guillo
est chercheur au CNRS (laboratoire GEMAS). Il travaille dans une
perspective transdisciplinaire sur l'articulation de la biologie et des
sciences sociales. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, qui portent
sur le darwinisme, l'évolution biologique et culturelle et le rapport
homme-animal.
La collection "Mélétè" est dirigée par Jean-Michel Besnier
Mot de l'éditeur :
Le développement de la science, de la technologie et de l'industrie, en
Europe, au cours des XIXe et XXe siècles, est sans précédent. Il a fait
passer le monde de la traction chevaline au TGV à plus de 500 km/h, et
du feu de bois à l'énergie nucléaire. Les Belges ont-ils pris part à
cette grandiose aventure ? N'ont-ils inventé que la dynamo-électrique
(Zénobe Gramme) et conçu que la théorie cosmologique du Big Bang
(Georges Lemaître) ? Un historien des sciences, qui est aussi
philosophe, nous révèle que l'histoire de la science et de l'industrie
chez les Belges fut celle du rapport entre l'intelligence et l'argent,
entre l'ambition et la volonté, entre souvent le hasard et la
nécessité. Grandes familles et intérêts financiers, luttes sociales et
idéologiques, enjeux politiques et déterminismes géographiques... Il
nous montre que la Belgique, véritable "concentré d'Europe", joue un
rôle non négligeable dans l'avènement de la modernité scientifique et
technique, et qu'en somme la science c'est aussi, une fois, une
histoire belge.
Mot de l'éditeur :
Cette oeuvre, qui est à la fois roman, histoire, poésie, a été saluée
par la critique française et mondiale comme un événement littéraire. En
imaginant les Mémoires d'un grand empereur romain, l'auteur a voulu
"refaire du dedans ce que les archéologues du XIXe siècle ont fait du
dehors". Jugeant sans complaisance sa vie d'homme et son oeuvre
politique, Hadrien n'ignore pas que Rome, malgré sa grandeur, finira un
jour par périr, mais son réalisme romain et son humanisme hérité des
Grecs lui font sentir l'importance de penser et de servir jusqu'au bout.
"... Je me sentais responsable de la beauté du monde", dit ce héros
dont les problèmes sont ceux de l'homme de tous les temps : les dangers
mortels qui du dedans et du dehors confrontent les civilisations, la
quête d'un accord harmonieux entre le bonheur et la "discipline
auguste", entre l'intelligence et la volonté.
Mot de l'éditeur :
Léopold II marqua de son empreinte les sphères politique, diplomatique,
économique et culturelle de son époque. Les représentations les plus
variées de Léopold II coexistent sur un mode bien plus complexe que
celui du génie colonial ou de la gêne post-moderne.
Le premier objectif de cet ouvrage est de se fonder sur l'analyse
historique du rôle joué par Léopold II. Le second vise non plus
l'action du Roi, mais ses représentations et ses éventuels usages
politiques. Le fil rouge concerne la politique étrangère menée par
Léopold II, à commencer par son action coloniale.
Aux travaux historiographiques, succèdent des études aux accents
politiques, sociologiques, littéraires et artistiques, pour livrer un
portrait original de ce Roi à la fois vénéré et décrié
Mot de l'éditeur :
Wolfheim, paisible bourgade aux confins de la Belgique, de l'Allemagne
et des Pays-Bas, est agitée par le retour inattendu du docteur Hoppe,
un enfant du pays parti depuis longtemps. La surprise est d'autant plus
grande que le médecin emménage seul avec ses trois fils, des triplés
qui partagent la même troublante difformité physique. Les rumeurs vont
bon train, mais les compétences du docteur font taire les réticences
des villageois. Pourtant, le mystère autour de sa descendance
s'épaissit.
Jusqu'où peut-on repousser les limites de la vie ? Entre exploit
scientifique et délire métaphysique, Stefan Brijs construit un suspense
haletant et dérangeant, qui explore les dangers d'une science sans
conscience.
Mot de l'éditeur :
La mer noire. En ce jour d'anniversaire, la première pensée de Tamouna
est pour Tamaz. Cet homme, qu'elle a rencontré l'été de ses quinze ans
à Batoumi et qu'au fil des années elle n'a cessé d'attendre, s'est
annoncé à la fête qui se prépare. Dans un demi-sommeil, la vieille dame
se souvient de leurs amours timides et éblouies, très vite interrompues
par le départ précipité de la famille, contrainte de fuir devant les
bolcheviques. Tout aussi brutalement que de ses grands-parents et de
son univers, la jeune fille a été coupée de son amour de jeunesse. Sa
vie peu à peu s'est construite à Paris, parmi la communauté des exilés
géorgiens. Quand Tamaz finit par reparaître, alors que les frontières
du pays natal sont hermétiquement closes, leurs vies se sont dessinées
autrement... La longue journée pendant laquelle se déroule le roman est
comme une métaphore de la vie de Tamouna : entourée des siens, de cette
famille géorgienne qui a su garder vivaces les traditions et perpétuer
un bonheur de vivre qui aurait dû être immuable, elle laisse libre
cours à ses souvenirs. Dans une narration habilement tissée, l'image de
la doyenne qu'elle est devenue se superpose à celle de la jeune fille
exilée. Et c'est toute la force de ce roman que de peindre avec une
remarquable élégance et sans le moindre pathos le portrait d'une femme
toujours habitée par la joie et le désir malgré les deuils et les
déchirements de l'histoire.
Vingt-quatre heures de la vie d'une femme. Ce matin-là , Emmanuelle
décide de ne pas se rendre à son travail et de s'accorder toute la
journée. Pour lire le roman qu'elle vient de commencer, mais aussi pour
mettre à distance son tumultueux quotidien : trois enfants petits, un
mari charmant et peu concerné par l'ordre domestique, un milieu
professionnel stressant. Elle s'offre un détour par le rayon chapeaux
d'un grand magasin, un déjeuner dans un restaurant, remonte des rues,
saute dans un train et s'abandonne à la lecture.Mais Emmanuelle n'a
aucune idée des bouleversements que cette soudaine disponibilité va
entraîner en libérant sa mémoire et son passé. Son parcours dans la
ville (Paris) devient un parcours intérieur, relayé par les échos que
provoquent en elle les « confidences » de Lila Kovner, l'héroïne de ce
roman qui la passionne tant et que nous découvrons avec elle. Car il
touche en elle ce qu'elle a de plus intime, des peines assourdies et
des amours non vécus.Cette « journée volée » fait penser au magnifique
roman de Michael Cunningham, Les Heures, lui-même inspiré de Mrs
Dalloway, de Virginia Woolf.
Mot de l'éditeur :
Caroline fourest s'est fait une spécialité de clarifier et de mettre en
lumière les grands débats comme les aime notre époque, mouvante et
inquiète. Avec un talent unique, elle créée des concepts, les clarifie,
et fournit ainsi une « boîte à outils » intellectuelle pour ceux qui se
sentent malmenés ou perdus dans les violentes ruelles de la pensée.
Ainsi, dans la tentation obscurantiste, caroline fourest ouvrait une
voie d'analyse historique sur la gauche française : elle distinguait
deux gauches, l'une fondée sur la résistance au nazisme ; l'autre
fondée sur la lutte contre le colonialisme. Cette clé d'apparence
simple n'a cessé de montrer sa force, et d'être reprise par tous.
Depuis bientôt quatre ans, caroline fourest travaille sur une question
majeure : l'agonie de l'universalisme - notre dernière utopie. Cette
belle ambition, gravée dans le marbre de la déclaration universelle des
droits de l'homme de 1948, est battue en brèche. Pourtant, il n'existe
pas de meilleur remède à la crise que connaît le multiculturalisme
depuis le 11 septembre 2001, à force de tout tolérer au nom de la
culture et du religieux. Cet enjeu dépasse largement l'aspect
rhétorique. Il est au coeur de débats qui agitent quotidiennement le
monde. Les nations-unies, le canada, les etats-unis, l'afrique du sud,
l'australie, l'inde, la belgique, les pays-bas, la france... Dans tous
les pays où le respect des minorités et le culte de la diversité
progresse, on se déchire pour savoir comment concilier droit à la
différence et respect des valeurs communes. Peut-on tout tolérer -
l'excision ou l'infanticide - au nom des coutumes? Faire passer le
respect du voile avant l'égalité hommes-femmes? Accepter des menus
séparés dans les cantines? Des créneaux non-mixtes dans les piscines?
Faut-il retirer les sapins de noël des places publiques? Reconnaître
des arbitrages basés sur la charia? Dans ce livre puissant, caroline
fourest explique le « modèle français », admiré et controversé, le
malentendu avec le monde « anglo-saxon ». Elle revient sur la
révolution française, la constitution américaine, raconte le débat
canadien sur les « accommodements raisonnables ». Elle rend clair,
enfin, les termes qui nous font perdre la tête : communautaire,
communautarisme, multiculturalisme, essentialisme, racisme,
islamophobie, musulmanophobie... Et nous livre, à trente ans, le
bréviaire courageux sur lequel rebâtir l'envie de faire société.
Patrick melrose a eu trois vies : enfant repoussé par sa mère, violé
par son père pour qui la torture est une vertu aristocratique, il est
aussi cet élégant jeune homme exilé à manhattan, venu récupérer les
cendres de son père. Et devenu un dandy ultracamé, mondain à la dérive.
C'est le temps du règlement de comptes posthume. Et puis il y a l'homme
assagi, qui assiste à une fête pour gens aristo-snobo-nobliaux-célèbres
et fait ses adieux apaisés à ce monde, encore furieusement habité par
son père. Le fil commun? Ce raffinement ironique, et sublime dans la
douleur.
la couleur de la guerre :
Les treize récits rassemblés dans La couleur de la guerre nous livrent
une vision sans fard de la guerre en Tchétchénie. Les atrocités
commises entre ennemis mais surtout le délabrement absolu de l'armée
russe sont au centre de l'écriture d'Arkadi Babtchenko. Avec force et
sobriété, il évoque les violences entre "camarades" , l'alcoolisme, la
faim, la saleté et, surtout, la corruption. Car tout le inonde vend ce
qui est vendable - y compris des armes et des munitions - à l'ennemi
tchétchène. pour se procurer de la nourriture ou de l'alcool. L'armée
russe rassemble des épaves humaines pataugeant dans la boue, couverts
d'excréments et de poux, sans solidarité entre des individus qui ne
savent plus pourquoi ils se battent. Les récits du jeune soldat
Artiome, alter ego de l'auteur, sont à cet égard d'une noirceur absolue
et soulignent en même temps l'étrange fascination qu'exerce sur les
hommes cette descente aux enfers. Grâce à son talent littéraire, Arkadi
Babtchenko nous offre bien plus qu'un témoignage : La couleur de la
guerre est un tableau saisissant du désespoir et de la déshumanisation,
un livre indispensable sur la condition humaine.
Mot de l'éditeur :
Si les islamistes ne représentent qu’une petite minorité des musulmans,
leur stratégie éprouvée consiste pourtant à se proclamer les
porte-parole de cette communauté large et diversifiée. Multipliant les
requêtes au nom de l’islam en invoquant leur droit à la liberté de
religion, récusant toute critique qui leur est adressée comme une
manifestation d’intolérance, ils réussissent ainsi à se faire passer
pour les défenseurs de leur foi et à réduire au silence leurs
coreligionnaires. Ils tirent même parti de la discrimination dont sont
trop souvent victimes les immigrants d’origine musulmane pour favoriser
un repli communautaire qui leur donne encore plus de pouvoir. Cette
stratégie des islamistes, Djemila Benhabib la connaît bien. Elle l’a
vue appliquée en Algérie, en France et au Québec, et elle estime qu’il
est temps que d’autres voix de culture musulmane se fassent entendre.
Elle expose donc haut et fort les manœuvres des islamistes qu’elle
dénonce ici dans un témoignage solidement documenté, auquel elle donne
de touchants accents personnels, parce qu’il remue en elle une histoire
encore douloureuse.
Mot de l'éditeur :
Ils ont été appelés en Algérie au moment des «événements», en 1960.
Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en
France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies.
Mais parfois il suffit de presque rien, d"une journée d'anniversaire en
hiver, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans
après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir
le nier.
Mot de l'éditeur :
Le XVe siècle est le temps de l'invention du monde. De Tamerlan à
Magellan, depuis l'Asie centrale jusqu'à la capture de l'Amérique en
1492, s'accomplit une première mondialisation. Mais la geste de
Christophe Colomb est tout sauf un événement fortuit : elle est
précédée, et surtout rendue possible et pensable, par une dynamique
globale et séculaire d'interconnexion des espaces, des temps et des
savoirs du monde. Elle ne se laisse en rien circonscrire par ce que
l'on appellera plus tard l'occidentalisation du monde : les marchands
de l'océan Indien, les marins chinois de l'amiral Zheng He, mais aussi
les conquérants turcs ont toute leur part dans cette histoire des
devenirs possibles du monde, où rien n'est encore écrit.
Ni dictionnaire critique ni somme érudite, Histoire du monde au XVe
siècle se veut un essai collectif davantage qu'une encyclopédie.
Faisant alterner les chapitres de synthèse et les textes au ton plus
libre éclairant un événement, un personnage ou une oeuvre, le livre se
prête à la lecture au long cours comme au hasard du cabotage. Mais dans
tous les cas, il s'agit bien de susciter des étonnements par
rapprochement et d'éveiller des curiosités par le déplacement du regard.
Si l'accent est naturellement mis sur ce qui circule plutôt que sur ce
qui cloisonne, s'inscrivant en cela dans les perspectives nouvelles
d'une histoire globale attentive aux connexions des lieux et des temps,
cette histoire du monde ne se réduit pas à une chronique de la
mondialisation : il s'agit aussi de rendre compte des spécificités et
des originalités des territoires du monde, des temps du monde, des
écritures du monde, des devenirs du monde - ces quatre dimensions
inspirant l'architecture d'ensemble du livre.
Directeur : Patrick Boucheron, maître de conférences à l'université
Paris-I-Panthéon-Sorbonne, membre de l'Institut universitaire de France.
Coordinateurs : Julien Loiseau, maître de conférences à l'université
Montpellier-III - Pierre Monnet, directeur d'études à l'École des
hautes études en sciences sociales, président de l'Université
franco-allemande - Yann Potin, archiviste paléographe et agrégé
d'histoire.
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