Mot de l'éditeur :
« Je regrette de ne pas l’avoir butée pendant qu’il en était encore temps. Nul besoin de réfléchir ni d’élaborer le crime parfait. Plus c’est gros mieux ça passe.
Elle faisait le ménage monsieur le commissaire. Elle a dû glisser sur le carrelage qu’elle venait d’astiquer. On pouvait lui reprocher bien des choses, mais une vraie petite fée du logis, une maîtresse-femme. Qu’est-ce qui s’est passé? on ne le saura jamais. Mauvais contrôle du pied d’appui, fort justement monsieur le commissaire, le coup du lapin. La faute à pas de chance, encore une fois.
J’aurai dû lui mettre un grand coup derrière sa gueule alors que tout le monde ignorait encore notre différent. Les Boulard ? Un exemple pour tous les couples modernes. Jamais un mot plus haut que l’autre, aimables avec les voisins, bonjour et bonsoir. J’aurai utilisé le cendrier en granit de Bénodet. J’aurai pris mon élan, de toutes mes forces et de toute ma rage, pour la frapper à l’arrière de son crâne vide. Plus tard, bien plus tard, j’aurai appelé le SAMU. Oui, ça a dû se passer il n’y a pas bien longtemps docteur. Mais j’étais en train de bricoler dans le garage, je n’ai rien entendu parce je perçais des trous dans de la tôle. C’est que je construis un cabanon pour abriter les outils de jardin. Ce n’est pas que j’ai beaucoup de terrain, mais ça me détend de pratiquer l’art potager. Et puis, c’est pas les légumes qu’on trouve dans le commerce. Des saveurs et des parfums incomparables. Ah oui, ma femme. Quand j’ai constaté, il devait déjà être trop tard. Enfin, je ne suis pas médecin. Je ne peux pas juger, mais elle était très pâle. Qu’est-ce que vous en pensez docteur?
L’électrocution à la machine à laver, c’est pas mal non plus. Combien de femmes disparaissent chaque année alors qu’elles accomplissaient leurs tâches domestiques? Elle avait grand soif, mais elle avait la manie de stocker les produits pour déboucher les cabinets dans des bouteilles d’eau minérale. Elle faisait les vitres au troisième étage un jour de grand vent. Elle préférait le bain à la douche, pourtant elle s’était toujours refusée à apprendre à nager. Elle avait la manie de garder près d’elle une bougie pour la sieste.
Ca fait trois lignes, dans les journaux, à la page des faits divers. Personne ne s’en émeut. Sinon les proches, évidemment, car le plus dur c’est toujours pour ceux qui restent.
elle est tombée à la renverse, sa tête a porté contre le rond des chiottes. Une belle mort, elle ne s’est pas vue partir. Exactement, comme vous dites… »
Lorsqu’il écrit, lorsqu’il se laisse porter par le jaillissement des mots, Serge Le Vaillant ne manque pas de soumettre ses textes à l’épreuve du « gueuloir » de Flaubert, de les lire à haute voix pour mieux les fignoler. Ancien capitaine au long cours, grand homme de radio, grand chef d’orchestre des nuits de France Inter, cet orpailleur de la langue française, qu’elle soit verte ou noire, est un magicien. Il n’a pas seulement le talent de conteur d’un Gérard Sire ou d’un Jean-Pierre Chabrol. Le culte des mots ciselés, des mots torchés, la faconde d’une prose féconde, le sens de l’orgie verbale.
Ses textes ont le verbe acide et tendre, le verbe au goût de pomme d’Api, celui qui baptise et qui tue, qui bénit et qui excommunie, qui conjure et qui absout, qui enfante et qui explose, qui hurle et qui chuchote, qui pleure et qui pavoise. Serge Levaillant appartient à la lignée des Rabelais, des Villon, des Rostand, et plus près de nous des Céline, Léon Bloy, Auguste Le Breton , Albert Simonin, Francis Blanche, Alphonse Boudard, Michel Audiard, et autres Frédéric Dard. Il est un magicien, un orpailleur de la langue, qu’elle soit verte ou noire, ciselée ou torchée : avec lui les mots croustillent. Ils mordent, ils aboient, ils cajolent. Ils sont tour à tour tendres et cruels, nourris de vinaigre et de miel, de gifles et de caresses. Ils décapent. Ils émeuvent. Ils déchaînent des crises de rires et de jubilation. Ils touchent à la fois nos cœurs et nos zygomatiques.
« Je regrette de ne pas l’avoir butée pendant qu’il en était encore temps. Nul besoin de réfléchir ni d’élaborer le crime parfait. Plus c’est gros mieux ça passe.
Elle faisait le ménage monsieur le commissaire. Elle a dû glisser sur le carrelage qu’elle venait d’astiquer. On pouvait lui reprocher bien des choses, mais une vraie petite fée du logis, une maîtresse-femme. Qu’est-ce qui s’est passé? on ne le saura jamais. Mauvais contrôle du pied d’appui, fort justement monsieur le commissaire, le coup du lapin. La faute à pas de chance, encore une fois.
J’aurai dû lui mettre un grand coup derrière sa gueule alors que tout le monde ignorait encore notre différent. Les Boulard ? Un exemple pour tous les couples modernes. Jamais un mot plus haut que l’autre, aimables avec les voisins, bonjour et bonsoir. J’aurai utilisé le cendrier en granit de Bénodet. J’aurai pris mon élan, de toutes mes forces et de toute ma rage, pour la frapper à l’arrière de son crâne vide. Plus tard, bien plus tard, j’aurai appelé le SAMU. Oui, ça a dû se passer il n’y a pas bien longtemps docteur. Mais j’étais en train de bricoler dans le garage, je n’ai rien entendu parce je perçais des trous dans de la tôle. C’est que je construis un cabanon pour abriter les outils de jardin. Ce n’est pas que j’ai beaucoup de terrain, mais ça me détend de pratiquer l’art potager. Et puis, c’est pas les légumes qu’on trouve dans le commerce. Des saveurs et des parfums incomparables. Ah oui, ma femme. Quand j’ai constaté, il devait déjà être trop tard. Enfin, je ne suis pas médecin. Je ne peux pas juger, mais elle était très pâle. Qu’est-ce que vous en pensez docteur?
L’électrocution à la machine à laver, c’est pas mal non plus. Combien de femmes disparaissent chaque année alors qu’elles accomplissaient leurs tâches domestiques? Elle avait grand soif, mais elle avait la manie de stocker les produits pour déboucher les cabinets dans des bouteilles d’eau minérale. Elle faisait les vitres au troisième étage un jour de grand vent. Elle préférait le bain à la douche, pourtant elle s’était toujours refusée à apprendre à nager. Elle avait la manie de garder près d’elle une bougie pour la sieste.
Ca fait trois lignes, dans les journaux, à la page des faits divers. Personne ne s’en émeut. Sinon les proches, évidemment, car le plus dur c’est toujours pour ceux qui restent.
elle est tombée à la renverse, sa tête a porté contre le rond des chiottes. Une belle mort, elle ne s’est pas vue partir. Exactement, comme vous dites… »
Lorsqu’il écrit, lorsqu’il se laisse porter par le jaillissement des mots, Serge Le Vaillant ne manque pas de soumettre ses textes à l’épreuve du « gueuloir » de Flaubert, de les lire à haute voix pour mieux les fignoler. Ancien capitaine au long cours, grand homme de radio, grand chef d’orchestre des nuits de France Inter, cet orpailleur de la langue française, qu’elle soit verte ou noire, est un magicien. Il n’a pas seulement le talent de conteur d’un Gérard Sire ou d’un Jean-Pierre Chabrol. Le culte des mots ciselés, des mots torchés, la faconde d’une prose féconde, le sens de l’orgie verbale.
Ses textes ont le verbe acide et tendre, le verbe au goût de pomme d’Api, celui qui baptise et qui tue, qui bénit et qui excommunie, qui conjure et qui absout, qui enfante et qui explose, qui hurle et qui chuchote, qui pleure et qui pavoise. Serge Levaillant appartient à la lignée des Rabelais, des Villon, des Rostand, et plus près de nous des Céline, Léon Bloy, Auguste Le Breton , Albert Simonin, Francis Blanche, Alphonse Boudard, Michel Audiard, et autres Frédéric Dard. Il est un magicien, un orpailleur de la langue, qu’elle soit verte ou noire, ciselée ou torchée : avec lui les mots croustillent. Ils mordent, ils aboient, ils cajolent. Ils sont tour à tour tendres et cruels, nourris de vinaigre et de miel, de gifles et de caresses. Ils décapent. Ils émeuvent. Ils déchaînent des crises de rires et de jubilation. Ils touchent à la fois nos cœurs et nos zygomatiques.